Rencontre du Cercle de la Rotonde, le vendredi 14 novembre 2014 à 18h à la Bibliothèque de Tournai (Auditorium)

Entretiens avec Gérard Adam, Françoise Houdart, Jean Jauniaux

Animation : Marie-Clotilde Roose

Une rencontre très attendue : trois écrivains posent des questions-phares, d’éthique sociale et politique, sans visière ni langue de bois.

par Anita De Meyer

Photo par Anita De Meyer

Gérard Adam, médecin militaire belge engagé en Afrique et en Bosnie, en coopération ou opérations de crise (Kolwezi, Bosnie…), tropicaliste et acupuncteur, a profité de sa retraite pour engager un nouveau combat : l’édition et la promotion de l’écriture. Co-fondateur en 2007 des éditions M.E.O. dont il est responsable depuis 2010, il a traduit et édité des dizaines d’auteurs de l’Est, avant d’ouvrir sa maison aux auteurs de langue française – dont quelques-uns furent invités au Cercle. Depuis 1988, il a lui-même publié une quinzaine d’ouvrages, parmi lesquels des romans remarqués (L’arbre blanc dans la forêt noire, La Longue-vue et Arcantère, prix N.C.R. 1989 ; La lumière de l’Archange, Luce Wilquin, finaliste Prix Rossel 1992, Qôta-Nîh, M.E.O., finaliste Prix Gros Sel 2009,…) ainsi que plusieurs recueils de nouvelles, depuis Le Mess des Officiers (La Longue-vue, 1991) jusqu’à De l’existence de dieu(x) dans le tram 56 (M.E.O, 2013), salué par le Prix Emma Martin. « Le titre n’est pas sans révéler le contenu philosophique des scènes populaires (empruntées à la vie quotidienne) que Gérard Adam détaille avec une faconde incomparable », déclarait Michel Joiret à la rentrée de l’A.E.B. ; « le fondement multiculturel, inhérent à Bruxelles, y est malicieusement et plus que vivement approché » (Nos Lettres déc. 2013). Dans une langue truculente, inventive et bigarrée, G. Adam pratique une écriture de proximité, par échos de « la vraie vie », avec un vocabulaire glané dans les transports en commun, propices à l’observation et au clin d’œil, tantôt amusé tantôt critique sur ce qui se passe (près de) chez nous…

Françoise HoudartFrançoise Houdart, née en Hainaut, interprète et traductrice de langues germaniques, fut professeur d’allemand à Mons, tout en se consacrant de plus en plus à son œuvre et à la promotion de la lecture. Auteure de 8 recueils poétiques (parmi lesquels Arythmies, Alliance française, prix Gauchez Philippot 1989), elle est avant tout une romancière inspirée par des figures significatives, comme dans les récits Née Pélagie D. (Prix de Thyssebaert 1997), Tu signais Ernst K. (Prix du comité des usagers de la Bibliothèque centrale de la Province de Hainaut 2006), Oublier Emma (finaliste Prix Rossel 2009), ainsi que ses derniers romans parus chez Luce Wilquin, Victoria Libourne (2014) et Les profonds chemins (2013). Celui-ci, consacré au peintre borain Victor Regnart (1886- 9 nov.1964), a nécessité – comme de coutume – des recherches approfondies à partir d’archives, lettres et tableaux. Avec ceci de particulier qu’elle insère au cœur de la « biographie » romancée des éléments réels et d’autres purement imaginaires, en prêtant la voix à des « témoins » disparus de l’époque et des lieux fréquentés par le peintre. Echos troublants où ces témoins interpellent la biographe, comme le peintre Detry : « lorsque j’ai vu ce dessin, Madame, j’ai immédiatement reconnu le jeune écrivain Raymond Radiguet ». Et l’auteure, multipliant les prouesses d’identification, fait parler Regnart en ces termes : « peindre jusqu’à en oublier de dormir, de manger ; peindre sans aucune certitude que l’urgence jamais assouvie de peindre, graver, dessiner. » Un peintre dont elle brosse un portrait généreux, spirituel, tout entier dévoué aux paysages humains, d’ici et d’ailleurs.

Photo par Jean-Paul Sterck

Photo par Jean-Paul Sterck

Comme chez ces auteurs, l’empathie envers les humbles, les délaissés ou perdus, est motrice de l’écriture de Jean Jauniaux, qui dépeint dans les 15 nouvelles de L’année dernière à Saint-Idesbald (Ed. Avant-Propos) la vie de personnages marqués par des défaites, des relations de domination, des chutes progressives dans un monde sans pitié. La Belgique en prend plein la figure, mais plutôt sur le mode tragi-comique, sans irrévérence caustique. Une attention touchante est donnée à l’enfance des personnages, dont le vécu marque de manière indélébile leur vie d’adulte. Chacun livre un visage que l’on croit reconnaître : ici ce marginal, là cet enfant, ce roi décontenancé et ses ministres affairés… et surtout l’univers privilégié de Saint-Idesbald, l’espace marin ravivant le désir de vivre. En son avant-dire si pertinent, Jacques De Decker écrit : « On a pu mettre en doute la littérature à messages. Elle est en réalité plus nécessaire aujourd’hui que jamais. Lorsque les grands systèmes de référence ont déclaré fortait, il reste l’imaginaire, ce tapis volant, pour prendre de l’altitude et libérer l’esprit. L’année dernière à Saint-Idesbald a ce pouvoir d’entraînement. » Ce livre a obtenu le Prix Auguste Michot de l’Académie Royale 2014. L’auteur n’en était pas à un coup d’essai ; ses nouvelles (dont Le Pavillon des douanes) et un roman (Les mots de Maud), publiés chez Luce Wilquin, lui avaient déjà valu la reconnaissance du public. Traducteur et interprète (russe et espagnol), Jean Jauniaux a aussi obtenu une licence en réalisation audio-visuelle, et a professé comme réalisateur à la RTBF. Responsable de programmes européens de soutien à la culture, il a exercé ses talents de journaliste et d’animateur littéraire, de chroniqueur culturel pour « Marginales » et « Espace-Livres ». La web-radio www.espace-livres.be créée avec son alter ego Edmond Morrel permet de découvrir plus de 800 interviews d’écrivains belges…24h sur 24h!

Marie-Clotilde Roose

Lieu de la rencontre :

BIBLIOTHEQUE DE TOURNAI

Maison de la Culture, 2 Boulevard des Frères Rimbaut, 7500 Tournai.

Infos :

Le Cercle de la Rotonde, 8 rue du Touquet, B-7522 Blandain.

Tel/fax : 069.23.68.93

Email : rotonde@scarlet.be

Site : www.lecercledelarotonde.be

Entrée libre.

Rotonde 14.11.14 012 Rotonde 14.11.14 005 Rotonde 14.11.14 004

 

Avec l’aide du Ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles