Rencontre du Cercle de la Rotonde, le samedi 11 mai 2018 à 17h à l’Auberge de Jeunesse de Tournai, 64 rue Saint-Martin

« Voyages » avec 3 écrivains
John Henry, Olivier Odaert et Françoise Pirart
Animation : Marie-Clotilde Roose

John Henry BrichartQuand les ânes de la colline sont devenus barbus – titre qui en dit long sur l’ironie du contexte – est l’excellent premier roman du jeune auteur et journaliste John Henry, publié en 2015 chez Diagonale (dont c’est la spécialité). Inspirée d’une histoire réelle, sa plume nous conte la double aventure de Jack, enfant d’Afghanistan, entre les coutumes durcies du pays, l’intégrisme et la nécessité intérieure de vraie liberté. Jack aide son vieux père à toutes les tâches réservées aux hommes, et personne ne fait aussi bien que lui les œufs en étoile, vendues dans la ville. « Ce soir-là, sous le figuier, je parlais à Bahar et je lui disais que bientôt je l’habillerais comme une femme de président des Etats-Unis, elle m’a répondu qu’elle aurait préféré faire du cerf-volant parce qu’il n’y avait pas d’intérêt à être bien habillée si personne ne te voit. » (p. 41) Comme on s’en doute, un drame va survenir, obligeant Jack à fuir, loin de sa famille, sans réussir à protéger celle-ci des « barbus ». Le récit est écrit dans une langue simple, proche du langage d’un enfant, au flux rapide, poétique et dense. Il tient en haleine le lecteur jusqu’au dévoilement des secrets douloureux. Pas étonnant que John Henry ait reçu le Prix du premier roman de Chambéry en 2016, après celui de la Roquette en 2015 : ce livre est lumineux, comme le courage de Jack.

Olivier OdaertDans Solitudes, recueil de 24 nouvelles (Academia, 2017), illustrées par Sylvain Delcourt, ce sont également des « moments vécus seul ou à deux, dans l’intimité ou au milieu de la foule, ces moments qui nous changent pour toujours » qui sont mis en évidence. Avec subtilité et douceur, Olivier Odaert fait entrer le lecteur dans des atmosphères tristes ou drôles, vivaces ou nostalgiques, ayant soin de laisser une surprise à chaque dénouement – caractéristique du genre bien réussie. Les phrases sont ciselées avec raffinement, chaque mot est goûté pour lui-même, prenant sa place exacte. « Est-ce qu’elle était trop heureuse ? Est-ce que le bleu profond du plein été de sa vie devait nécessairement, suivant une imprescriptible loi de la nature, attirer sur lui la perturbation revancharde d’une sombre tourmente, comme les jours trop chauds appellent dans leur perfection même le déchaînement de la tempête ? » (L’Orage, p. 108) Olivier Odaert signe un premier recueil très convaincant, empli de poésie et de ces petits riens qui donnent saveur à la vie. Depuis une dizaine d’années, ce professeur de littérature et philosophie publie des travaux sur la littérature d’expression française de la première moitié du 20e siècle, dans les genres du roman, du reportage et de la bande dessinée, comme Saint-Exupéry écrivain (PUL, 2018), « Le Mythe du Petit Prince » (Gallimard, 2014), « Une résistance littéraire » (Cahiers de la NRF, 2013).

Françoise PirartAuteure d’une vingtaine de romans et recueils de nouvelles, Françoise Pirart revient au Cercle présenter ses derniers récits, Seuls les échos de nos pas (Luce Wilquin, 2018) et Beau comme une éclipse (M.E.O., 2019). Le premier commence comme un thriller où l’on pressent le pire : une jeune comédienne, Coline, disparaît un soir, au bord d’un parking d’autoroute, dans le sud de la France. Son frère Gilles et sa meilleure amie, Anaïs, vont faire connaissance et partir à sa recherche, mus par la même urgence de savoir. Pendant ce temps, Sophie, la femme de Gilles, l’attend et travaille dur, dans une solitude de plus en plus pesante – mise en abyme du récit de Madeleine Bourdhouxe. Le second, tout aussi rondement mené, est plus fantaisiste et décalé : Albien Bienfait est une parodie du jeune homme trop éduqué, coincé par ses bigotes de mère et grand-mère. Epaulé par un drôle d’oncle, Edwin, baratineur et tendre poivrot, il va tenter de s’affranchir de sa propre pesanteur, à la recherche d’Esther, son amie d’enfance, d’un pays rêvé – le Swaziland – et de lui-même. Le vraisemblable, dans ces deux romans quasi opposés, n’est pas le but ; ce qui compte avant tout, c’est de susciter l’émotion, par l’empathie, le mystère, la curiosité – ou la cocasserie, dans le sillage du second. Pari relevé avec brio.

Marie-Clotilde Roose

Infos :

Le Cercle de la Rotonde, 8 rue du Touquet, B-7522 Blandain.

Tel : 069.23.68.93 rotonde@scarlet.be

Site : www.lecercledelarotonde.be

Entrée libre.

Avec l’aide du Ministère de la Communauté française de Belgique.