REUNION  AU CERCLE DE LA ROTONDE :
LE SAMEDI 13 DECEMBRE 2003  à 17H.

au Théatre Poème - Rue d'Ecosse 30 - 1060 Bruxelles
(entre la Porte de Hal et l'Avenue Louise )
Tram 91,92,93,94 Arrêt porte Louise
Métro Hôtel des Monnaies

Invitées :  Silvia Vainberg & Serge Núñez Tolin
Animatrice : M.-C. Roose


Deux poètes tourmentés par l’exil que la langue place entre le corps et le vide, deux poètes cherchant au lieu originel des mots la traduction de l’impossible.

Silvia Vainberg

Née à Buenos Aires, elle danse, a dansé puis fait danser.  Suite à une invitation par le Ballet Général San Martin, elle s’est mise à créer des chorégraphies, en même temps qu’elle poursuivait ses recherches artistiques : architecture, arts plastiques et poésie.  Arrivée en Belgique en 1980, elle a depuis acquis la nationalité belge, et en tant que peintre, participe à de nombreuses expositions individuelles et collectives.  Ecrits en espagnol, plusieurs de ses recueils ont été traduits : en français, La rage du tournesol (Maison Internationale de la Poésie, 1990) et Pour des lèvres à la profonde soif (Les écrits du Feu Jaune, 2000) par le poète Marcel Hennart; Astres en vertige (L’Arbre à Paroles, 1992) par Francis Chenot; Calligraphie de l’esprit par Yves Froment, puis en italien par Elina Patané (Nuove Edizione Neopoiesis). 

Sa poésie traduit une quête de perfection, quête que le corps de la danseuse devenu parlant mène jusqu’à l’extase ou à la chute.  Soif d’absolu, soif inextinguible que ne comblent que de fugaces et précieuses images, issues de la neige ou de l’eau : Un passage inviolable dort dans le corps de la neige, / un chemin fluvial, le gémissement de la chaleur et de la lumière, / une rosée dans les cendres de Dieu.  Il s’agit de soif et de faim, il s’agit de (se) rassasier de mots alors que le silence fascine; il faut jouer entre les deux, à travers gestes physiques et langagiers : La faim est là dans la souche de l’imparfait, / les bouffées d’un axiome dérivant / vers la plus grave et délicieuse foi, / l’irremplaçable merveille. (...) Mais à l’insinuation d’un coup / tombe la cloche de double fond, / tombe la soif d’eau marine, / tombe l’extase de la faim à la racine de son intempérie / Parfois les corps sont justes en s’aimant avant de tomber.  (Pour des lèvres à la profonde soif)  Ces poèmes denses, qui retiennent sous l’ongle des élans vertigineux, cherchent un équilibre à travers une mesure orientale, circulaire, cadencée.  Silvia Vainberg s’y révèle aussi, alors que la soif brûle, dans l’art de servir le thé à la japonaise...

Serge Núñez Tolin

D’origine espagnole, ce poète est né en Belgique, où il écrit dans la discrétion d’un grand talent.  Son premier manuscrit fut salué, dès 1985, par le Prix triennal Nicole Houssia.  Il a collaboré aux revues Le Journal des Poètes, Encres Vives, et publié Silo et Silo II chez Le Cormier.  Silo?  “Aujourd’hui Seïloun  à 40 km au Nord de Jérusalem  fut le premier sanctuaire de Iahvé en Canaan.  Centre religieux où l’on situe l’Arche d’Alliance à l’époque des Juges.  C’est à Silo que Josué partagea le pays entre les Fils d’Israël.”  Un lieu de frontières, un territoire divisé, une origine sacrée (lieu d’alliances et de déchirures).  C’est aussi la figure à double tranchant de la Langue, l’évocation impossible du Verbe.  La question du langage, de l’origine insaisissable de la langue, hante le poète, colleté au vide, emmuré dans un corps où résonnent des absences.  Langue philosophique pétrie d’inquiétude, poésie de l’étonnement avant que de l’émerveillement : Que ce qui est vide dès l’origine ne puisse être comblé, que ce qui est, ne puisse plus l’être et, parmi d’autres impermanences, la permanence.  C’est dans cet état des choses que l’homme a pris place, manquant ailleurs l’éternelle réponse à la solitude. (Silo, p. 48)  Le mythe d’Icare y est omniprésent, Icare, le signifié cherchant le signifiant, le signe cherchant sa correspondance avec la chose, le mot voulant s’identifier au corps, l’illumination ne trouvant pas le socle, l’élan radieux suivi de l’effrayante réalité du gouffre : Nulle part le ciel n’enfreint l’aile ni la chute, mot manquant, présence désaccordée du silence rattrape la souche profonde des corps, où avec effort, j’écartais les chairs pour me conduire aux racines du vivant et de la possession. (p. 66)  Et, parce que nul abîme, nulle folie ne s’accompagne d’un écho sonore, d’une sagesse obscure : C’est ainsi, / plongé dans la transparence infinie de la chute, / que commença / sa remontée vers le coeur isolé de l’éblouissement. (p. 67) 

Gaspar Hons a écrit sur cette traversée de Silo : “Marcher dans un livre jusqu’à ne plus savoir si la nuit précède le jour, ou si le jour porte la nuit.  Divaguer, suivre les itinéraires les plus compliqués, les plus confus, avoir l’intuition de la folie, et continuer malgré tout.” (Le Mensuel n° 301)  Continuer malgré cette absence, ou peut-être grâce à cette absence, sans laquelle le désir est impossible, grâce à cet écart sans lequel toute langue serait insignifiante - cette perte de soi, sans laquelle l’autre (ou l’Autre) n’advient pas.

Marie-Clotilde Roose

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Théâtre-Poème
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P.A.F : 5 euros.
Etudiants & Séniors : 3,75 euros.
Membres TP : gratuit.