REUNION  AU CERCLE DE LA ROTONDE :
LE SAMEDI 22 NOVEMBRE 2003  à 17H.

au Théatre Poème - Rue d'Ecosse 30 - 1060 Bruxelles
(entre la Porte de Hal et l'Avenue Louise )
Tram 91,92,93,94 Arrêt porte Louise
Métro Hôtel des Monnaies

Invitées :  Diane Meur & Sabine Wespieser
Animatrice : M.-C. Roose


On ne sait qui des deux, l’éditrice Sabine Wespieser ou la jeune écrivaine Diane Meur, a le plus de mérite : double coup de maître pour un roman!

Publier un jeune romancier, au nom inconnu, est un pari qu’un nouvel éditeur parisien, Sabine Wespieser (formée chez Actes Sud), a remporté avec brio : La vie de Mardochée de Löwenfels par lui-même a obtenu à l’unanimité le Prix de la Première Oeuvre 2003 de la Communauté française de Belgique.  Ce livre de 617 pages discrètement cousues, a été édité dans un format et une typographie des plus agréables, revêtu d’une jaquette dont le design fait penser à une grosse boîte d’allumettes.  De quoi allumer l’intérêt qui fait ouvrir un livre, et ne permet plus au lecteur conquis de le lâcher d’une étincelle.

Diane Meur, née à Bruxelles en 1970, en est l’éblouissante auteure.  Après des études à Paris en Normale Sup., elle a traduit des ouvrages allemands - la plupart d’érudition  et un roman inachevé d’Heinrich Heine, son “grand amour de jeunesse”.  Elle y a par-dessus tout apprécié “son art de mêler en permanence, et sans que jamais l’un n’affaiblisse l’autre, le comique et le pathétique.”  Grande lectrice de Dumas, Sue, Leblanc ou Zévaco, Diane Meur s’est soudain mise à écrire elle-même, pour réaliser ce roman tant d’action que d’initiation, situé au début du 14
e siècle, époustouflant à plus d’un titre.  “La traduction des Écrits sur Dante, d’Erich Auerbach, m’avait confrontée aux problématiques politiques, religieuses, culturelles et intellectuelles de cette époque moyenâgeuse.  C’est cette immersion de plusieurs années qui m’a conduite à écrire ce livre.  Au début, je voulais utiliser mes connaissances sur cette période pour faire un roman d’aventures.  Mais lorsque j’ai commencé à écrire à la première personne, me mettant dans la peau de Mardochée, c’est devenu quelque chose de plus profond.”  C’est précisément cette profondeur qui étonne le plus, par sa richesse et sa maturité : Diane Meur prend la plume d’un homme de 38 ans qui, échoué à Gênes où la peste et les autodafés sommaires menacent, relate sa vie depuis sa naissance dans une famille ducale du Saint-Empire germanique, sa jeunesse protégée, puis son errance (épique!) suite à un duel avec son frère abhorré, Rodolphe.  Ce récit adopte le ton d’un homme usé par les épreuves physiques et mentales, qui pourtant arrive à retracer parfaitement les joies enfantines, les abîmes sentimentaux de l’adolescence, les affres du jeune homme à la conquête de son indépendance de corps et d’esprit, notamment dans un dialogue tourmenté avec son maître Venetius, puis avec le brillant et mystérieux Conradino.  Ni le style ni l’histoire n’autorisent à aucun moment de s’ennuyer : le récit alterne souplement, sans créer aucune sensation d’artifice, les péripéties amusantes ou tragiques du voyage - aux épisodes si diversifiés et bien menés, les pensées intérieures du garçon mûrissant, ses amours et ses bêtises, les leçons métaphysiques et politiques du maître admiré avec leurs interprétations, les parcours suivis tant corporellement que spirituellement, à la conquête du destin et de la tolérance.  Mardochée de Löwenfels ira même jusqu’en Terre Sainte dans ce cheminement vers son identité : son prénom, rappel cuisant de sa différence avec ses pairs, lui fut donné selon un voeu de pénitence pour un crime commis par l’un de ses lointains ancêtres, durant les Croisades, contre un juif érudit.  A la veille de guerres de religion sans merci, l’humaniste naissant apprend à se poser les justes questions : “Pourquoi changeons-nous?  Et changeons-nous vraiment?  Si spectaculaires que soient parfois nos revirements, je m’interroge, et ne puis me faire à l’idée que dans ce corps qui demeure un, l’âme passe du noir au blanc (ou du blanc au noir), s’échange contre une autre tout opposée, par une intervention qui ne saurait être que divine.  N’est-ce pas paresse de penser ainsi?  N’est-ce pas s’éviter la peine de chercher le principe constant qui gouverne l’une et l’autre vie, et le passage entre elles?  On trouverait alors, peut-être, que c’est rester fidèle à soi que de soudain modifier ses vues; et bien des chemins de Damas s’avéreraient des promenades circulaires...” (p. 423)

La rencontre avec l’éditrice et l’auteure de ce formidable roman ne sera, elle, certainement pas une promenade circulaire : elle mérite - entre nous soit dit - de s’ouvrir sur des mises en scène théâtrale, radiophonique ou cinématographique, ayant toutes les qualités pour de tels scenarii, au dénouement assuré.

Marie-Clotilde Roose

Contact :

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Théâtre-Poème
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Fax : 02.534.58.58

P.A.F : 5 euros.
Etudiants & Séniors : 3,75 euros.
Membres TP : gratuit.