Rencontre du Cercle de la Rotonde, le dimanche 1er octobre 2017 à 11h aux Editions Wapica, 9 rue d’Espinoy à Tournai

avec

Dominique Costermans, Martine Rouhart, Pablo Franceschetto et Philippe Leuckx

Animation : Marie-Clotilde Roose

La vraie littérature a l’audace de nous sortir de la banalité, de la répétition et du superficiel. Elle sonde l’intime, parvient à susciter de l’empathie pour des personnages, attachants ou non, inspirés ou non de la vie réelle. La fiction rapproche souvent d’une vérité particulière : celle des tréfonds de l’humain. A travers romans, nouvelles et poésie, quatre auteurs se livrent, peu ou prou.

Pablo Franceschetto

Pablo Franceschetto

« Pourriez-vous pardonner les crimes les plus odieux ? » interroge la 4ème de couverture de L’immortel (Les déjeuners sur l’herbe, 2015), 1er recueil de Pablo Franceschetto, jeune écrivain et collaborateur parlementaire. « Etes-vous libres ? » Aucune de ces nouvelles ne répondra à votre place, mais l’essentiel se tient dans l’envie et la façon de poser les questions. Parfois inspirées par Borges, elles ont pour thèmes la folie, l’amour, la mort, le combat du bien et du mal, les illusions et les traces du temps. Aucune ne laisse présupposer sa fin ; chacune entraîne le lecteur par la main, en style direct, sur le ton de la confidence : « Que voit-il, lui, avec ses yeux d’enfant ? J’aimerais revenir en arrière, saisir les choses telles qu’elles sont. Je découvre qu’en grandissant, nous ne sommes plus entiers au monde et que celui qui a peut-être le plus à apprendre de l’autre, c’est moi. » Dans un style sobre et concis, un rythme alerte, huit histoires construisent, avec originalité et légèreté, des portraits colorés et vivants.

Dominique Costermans - photo de V. Pipers

Dominique Costermans – photo de V. Pipers

« Et Charles ? Est-ce qu’un jour, j’arriverai un tant soit peu à le réhabiliter ? A comprendre ? A retrouver sa part d’humanité ? A réconcilier Hélène avec l’auteur de ses jours ? Le faut-il ? » se demande Lucie. Sous ce prénom se démène une âme dont la lucidité est brûlante, et la curiosité tenace, depuis l’enfance jusqu’à la maturité. Quels sont les lourds secrets que sa mère, Hélène, tente d’enfouir dans un silence muré ? Pourquoi cette âpreté et ces larmes, parfois, quand s’échappent d’une faille ténue quelques indices, saisis au vol, pour une longue et douloureuse enquête? Dominique Costermans, nouvelliste reconnue, signe ici son 1er roman, magistral, tant pour les qualités d’écriture – retenue, comme saisie à la pointe du scalpel – que pour le courage d’écrire sur un sujet tabou : la rare collaboration de Juifs avec les nazis, d’autant que celle-ci devient un secret de famille pourrissant les relations futures. Il faudra à la narratrice la force inouïe de passer « Outre-mère » (Luce Wilquin, 2017) pour renouer les fragments épars d’une généalogie brisée, remonter à une figure salvatrice pour accepter sa lignée, et libérer d’un « trou noir » ses propres enfants.

Martine Rouhart

Martine Rouhart

Liaisons dangereuses et fractures sont aussi au cœur du roman Séparations (Dricot, 2015), dont la singularité se situe dans la suite des nouvelles qui forment autant de chapitres, à la fois distincts et reliés. Les personnages se quittent dans l’un, se retrouvent plus loin, avec d’autres dont le destin se noue et se dénoue dans leur sillage. Martine Rouhart, juriste de formation, est une conteuse inventive, sachant maintenir le suspense à chaque nœud, à chaque rebondissement de ses récits. Tout comme dans Proche lointain (id., 2016) elle fait plonger le lecteur dans la psychologie tourmentée de chaque (anti)héros, sans omettre l’action ni le dialogue direct. Dans ce roman à la 1ère personne, écrit comme une lettre à un ami, il est aussi question d’un secret trop lourd à porter, à cause duquel cette amitié vient à s’effriter : « Je t’en veux de n’être que ce que tu es. Je t’en veux de ma déception. Je te le dis tout net, j’ai le sentiment d’une haute trahison. » L’écrivain avance à pas feutrés dans le récit, réservant des surprises à chaque tournant de page… qui pourraient même ressembler au réel.

Philippe Leuckx - photo de Quentin Colette

Philippe Leuckx – photo de Quentin Colette

De nuit me dévêtir m’ôtant / Les mots de la couleur y logeant / A leur place cette litanie de pénombres / Et d’entreprises caverneuses / Où l’être se cherche se perd consent / A se dessaisir de sa proie… C’est par la poésie que s’exprime Philippe Leuckx, dans ses Carnets de Ranggen (Le Coudrier, 2015), pour retracer des « chemins invisibles » à travers l’enfance, la figure du père, les montagnes du Tyrol et le ciel. Auteur d’une quarantaine de recueils, tournant autour du quotidien avec leurs petits riens, leurs joies et tristesses, ce « magnifique poète du crépuscule et de l’équilibre » (Geneviève Bergé), attaché au souvenir, nous dira comment Maintenant l’ombre / peut entrer à son tour / Et former ses masses transcrire sa part / De jour ses angles ses incises

Marie-Clotilde Roose

Infos :

Le Cercle de la Rotonde : rotonde@scarlet.be

Tel : 069.23.68.93

Site : www.lecercledelarotonde.be

Entrée libre.

Avec l’aide du Ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Rencontre du Cercle de la Rotonde, le dimanche 30 avril à 11h aux Editions Wapica, 9 rue d’Espinoy à Tournai

Animation incluse dans le programme « Tournai, Ville en poésie 2017 »

Invités : Aurélien Dony et Claude Raucy, Claire Ruwet et Claude Donnay

Animation : Marie-Clotilde Roose

Les Editions Wapica accueillent le Cercle de la Rotonde durant les travaux à la Bibliothèque de Tournai. Quatre auteurs belges publiés par M.E.O. partagent quelques-unes de leurs meilleures pages de littérature, agrémentées de musique.

Aurelien Dony

Aurelien Dony

Aurélien Dony, né à Dinant en 1993, a publié son 1er recueil Il n’y aura plus d’hiver chez Memory Press, à 18 ans. Etudiant à Liège, il poursuit son chemin vers la poésie en passant par le chant, collaborant au projet musical ECHO ; il s’accompagne de la guitare. Jean Loubry a préfacé avec justesse Puisque l’aube est défaite (M.E.O., 2014, Prix Georges Lockem), soulignant que la musique est le fil rouge guidant le jeune poète. Une vive énergie anime son écriture, pleine de questions et de « fêlures », comme dans les vers de « Temps, goutte à goutte », primés au concours Pierre Nothomb 2011 : Je crains la paix, je crains ses deux mains blanches : / Je veux me battre encore pour cause de joues giflées. Ce poème sur la cruauté du temps n’est pas sans rappeler le combat intérieur de Julien, le héros du roman écrit avec Claude Raucy, Le temps des noyaux (M.E.O., 2016) attiré par le beau soldat allemand ayant trouvé refuge dans la ferme familiale, en secret, au printemps 1918. « Franz avait fui, peut-être, mais Franz était des leurs. Ne portait-il pas sur ses mains le sang des innocents ? Le sang de son frère ? Et pourtant ses yeux bleus, pourtant ses lèvres fines, pourtant ses mains blanches, ses mains si douces, pourtant son chant d’oiseau germain. »

C. Rauct VeniseClaude Raucy, dont la bibliographie compte plus de 70 ouvrages – romans, nouvelles et contes, pièces, essais et recueils de poèmes – a laissé depuis longtemps l’enseignement au profit de l’écriture. Ses livres pour la jeunesse ont eu un franc succès, régulièrement réédités. Son style est aéré, animé de nombreux dialogues, d’une sensualité joyeuse et délicate, sans oublier l’humour : en bon poète, il n’en dit jamais ni trop ni trop peu. Les scènes où les cerises sont décrites et dégustées, les notes de piano sur le clavier, sont des leitmotivs qui attestent d’une véritable gourmandise de l’écrivain, jouant de sa petite madeleine. « La présence de Franz ajoutait aux retrouvailles un goût particulier. Un goût de cerises. » (Le temps des noyaux) Et dans La sonatine de Clementi (M.E.O., 2016, Prix Gilles Nélod), recueil de trois longues nouvelles savoureuses, Claude Raucy met en scène des personnages hantés par une mélodie intime, se laissant conduire par les événements plutôt que ne les dirigeant, dans un chassé-croisé incessant entre le réel et le fantasme, entre la gaminerie et le sérieux qui tue.

Claude DonnayAvec La route des cendres (M.E.O., 2017), Claude Donnay publie son 1er roman, même s’il a déjà publié un texte en prose, Ambre, chez Maelström, et reçu le Prix Emma Martin pour sa nouvelle « Spartacus », parmi d’autres. Un pari brillamment relevé pour ce poète (né en 1958) riche d’une vingtaine de recueils poétiques, ayant fondé la revue et les éditions Bleu d’Encre, à la mort de Mimy Kinet qui l’avait introduit en poésie. Dans ce roman singulier se dessinant entre road movie, thriller et balade poétique, un personnage est en fuite : David G., devenu William Jack, parcourt un chemin à la fois physique et affectif, pour échapper au drame qu’il a laissé faire autant que provoqué. Ses références littéraires et musicales le hantent et lui permettent de reconstituer, peu à peu, ce qui s’est passé avec Serena, sa muse, en adoptant les accents frondeurs et miroitants de Jack Kérouac, On the road. Une série de rencontres inattendues le font entrer dans différentes formes d’intimité, bonnes ou mauvaises, avec des hommes, femmes et enfant. La langue est superbe et moderne, les questions y résonnent avec la mélancolie d’un blues sans fin. « William Jack se déclame des souvenirs bleus, des souvenirs des temps bénis, quand l’innocence vous colle à la peau – ou mieux encore, est votre peau. » Pourtant, oui, depuis les cendres surgira une trace, comme une cicatrice sur une plaie vive.

Claire RuvwetLe femme mosaïque de Claire Ruwet est également un 1er roman très réussi (M.E.O., 2014 – en même temps que Du sang sur le couteau chez Weyrich) de descente en soi jusqu’à la nausée, et de remontée à la surface. Eliane, mosaïste en perte d’inspiration, remet en doute son parcours jusqu’alors réussi, conciliant la vie de famille intense avec son mari artiste, et ses activités créatives. Un accident qui aurait pu lui coûter la vie, les insomnies répétées, l’écart se creusant dans son couple, vont progressivement la pousser à quitter le domicile pour partir sur les traces du maître admiré (Gaudi) et se nourrir de son inspiration. Situé dans une époque indéterminée mais futuriste, ce roman relate la progression de cette femme, déjà grand-mère, courbée sous le poids répétitif des habitudes, qui va se redresser au fil de rencontres et de retrouvailles, à la recherche d’un amour de jeunesse, et surtout d’elle-même. « Petit à petit, elle recompose le puzzle, mêlant le réel et l’imaginaire dans le blanc. Elle s’amuse à y inscrire des formes fantomatiques en cercle, en rectangles. Les morceaux s’imbriquent. Les couleurs et les reflets irisés du nacre lui confèrent un relief nouveau. » Claire Ruwet, licenciée en communication appliquée, a développé depuis 2007 une carrière à la fois d’enseignante et d’artiste, autour de différentes formes d’écriture et d’expression, et son projet Le chant des mots.

Marie-Clotilde Roose

Entrée libre.

Avec l’aide du Ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Rencontre d’auteurs belges à Tournai, 2017

Plusieurs « premiers livres » publiés

Dimanche 30 avril, 11 heure à Tournai, sous le label « Ville en poésie », recueils et romans, chant et guitare avec :

  • Aurélien Dony, Puisque l’aube est défaite, Prix G. Lockem (poésie)

  • Aurélien Dony et Claude Raucy, Le temps des noyaux M.EO., 2016.

  • Claude Raucy, La sonatine de Clementi, M.EO., 2016.

  • Claude Donnay, La route des cendres, M.E.O., 2017.

  • Claire Ruwet, La femme mosaïque, M.E.O., 2014.

Dimanche 1er octobre, 11 heures

  • Philippe Leuckx, Carnets de Ranggen, Le Coudrier, 2015.

  • Pablo Franceschetto, L’immortel. Et autres nouvelles, Les déjeuners sur l’herbe, 2015.

  • Martine Rouhart, Séparation et Proche lointain, Dricot, 2014/2016.

  • Dominique Costermans, Outre-mère, Luce Wilquin, 2017.

Adresse du jour :

Editions Wapica, 9 rue d’Espinoy, 7500 Tournai. Contact : 0473/45.13.06 (Parking : Place Reine Astrid – attention à la signalisation)